Windows 7 gratuit ?

Il y a un débat intéressant qui a cours sur le Net depuis le début de 2009: “Est-ce que Microsoft devrait donner Windows 7, c’est-à-dire en faire un gratuiciel, au lieu de le vendre comme elle l’a fait pour ses autres systèmes d’exploitation (SE) ?”. La première fois que j’ai lu ce point de vue, j’ai cru que le journaliste avait un espace à remplir sans vraiment avoir de sujet en tête, un peu comme si on titrait à la une de la Cyberpresse:”Est-ce que le Club de hockey Canadiens devrait être transformé en coopérative populaire ?” Mais au fil des semaines, les arguments en faveur de cette idée se sont étoffés, au point que ce matin, je vous en fournis un résumé.

Laissez-moi d’abord vous remettre dans le débat. En janvier 2007, Microsoft entreprenait la commercialisation de Vista, un SE affligé de tellement de maux que son histoire est en passe de devenir un cas d’espèce enseigné dans toutes les facultés d’administration de la planète. On sait aujourd’hui que Microsoft n’était pas la seule responsable de ce méga fiasco. Par exemple, ses “partenaires” ont mis au moins un an avant de vraiment embarquer, privant ainsi les utilisateurs de pilotes, de logiciels et d’équipements optimisés pour ce SE mal luné. Les Dell, HP et autres Acer ont longtemps vendu des PC soi-disant “Vista Capable” alors qu’ils l’étaient tout juste pour XP. Tout cela a contribué à la grogne mondiale contre Microsoft, grogne que se méritait, jusqu’à un certain point, la grande fabricante en raison, notamment, de bogues oubliés par les limiers de Jim Allchin, ainsi que d’une politique de prix et de versions ahurissante.

Comme résultat, le Net au complet a été unanime sur le fait que Vista était un citron, un citron signé Microsoft, ce sombre empire que l’on soupçonnait déjà de ceci et de cela. Et quand Redmond a songé à populariser la version 64 bits de Vista, un produit nettement plus performant à tout point de vue (je vous l’ai écrit à plusieurs reprises), il était trop tard. Le mal était fait. Il s’était même créé une communauté internationale d’utilisateurs “heureux de XP”, des indécrottables ne jurant que par la simplicité et la robustesse de ce SE. En gros, dans la tête des gens qui avaient acheté Vista, Microsoft les avait floués. Ils avaient payé pour un bolide annoncé comme tel et s’étaient retrouvés avec une picouille poussive assaisonnée des sarcasmes du beau-frère Jos-Connaissant.

En octobre 2008, trois choses se sont produites, en tout cas pour les besoins de cet article : d’abord une crise financière doublée d’une récession, ensuite, le lancement de la version beta de Windows 7, enfin la confirmation que les Netbooks (petits PC minimalistes) se vendaient comme des petits pains chauds.

Inutile de revenir sur ce que les gens vivent, ces temps-ci, aux ÉU. Disons simplement que les acheteurs de logiciels, entreprises et consommateurs, n’exercent plus leur rôle; ils ont les yeux fixés sur leur tirelire.

En même temps, aussitôt que les scribes comme moi ont commencé à tartiner leurs médias de papiers sur Windows 7, les consommateurs se sont mis à réagir, entre autres, sur les blogues. Dans leur esprit, Microsoft leur en doit une. Vista n’étant pas vraiment une arnaque, n’étant pas vraiment cet abyssal magma de misère noire qu’on s’est acharné à décrire, la possibilité d’un recours collectif ne tient pas la route. D’où l’idée de rendre son remplaçant gratuit, bref, de donner à Windows 7 le statut de réparateur de tort, c’est-à-dire de mise a niveau sans frais.

De toute façon, si Apple (l’écurie derrière la campagne “Hello I’m a Mac” qui a tellement nui à Vista) a historiquement été capable de donner le Mac OS X (elle le vend désormais cent quelques dollars), un produit pour le moins aussi bien ficelé que ne le sera jamais le SE de Microsoft, pourquoi Steve Ballmer, le père désigné de Win 7, n’offrirait-il pas une telle preuve de délicatesse, au moins pour cette fois, aux utilisateurs de Vista ?

Si Microsoft tient absolument à faire de l’argent, lit-on parfois, elle pourrait s’en tenir essentiellement à deux moutures : une version de base gratuite sous forme de mise à niveau pour Vista qui ne comporterait que l’essentiel pour qu’un PC tourne normalement sans histoire et une version évoluée avec tous les gugusses inimaginables, incluant un programme de soutien, qu’elle vendrait à un prix concurrentiel, entendre pas plus cher que le Mac OS X. Ailleurs on propose à Microsoft de donner Win 7, quelle qu’en soit la version, mais en le nantissant de la structure publicitaire, genre Google Ad, dont Microsoft est propriétaire, le Ad Center. Et ainsi de suite.