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Mardi, la nébuleuse de Redmond se faisait saler en appel par un juge texan, Leonard Davis, lequel corroborait le verdict d’un jury prononcé en mai dernier. Microsoft qui est parfois soupçonnée de vol d’idées, de concepts ou de cerveaux, du moins dans certaines tavernes, se retrouvait condamnée à verser 200 M $US à la petite boîte torontoise i4i ltée et se voyait accorder 60 jours pour cesser de vendre sur le territoire américain Word 2003 et Word 2007 dans leur forme actuelle. Pas Excel ni PowerPoint, seulement Word ! Cela parce qu’en 1998, le fondateur d’i4i avait fait breveter aux ÉU l’idée d’utiliser un fichier séparé pour décrire toutes les balises et les spécifications de mises en format particulière à un document électronique. On était alors dans les tout premiers débuts de l’implantation du Extensible Markup Language (XML).

Bien entendu, Steve Ballmer en appelle de ce jugement et, d’ici à ce que la nouvelle cause soit plaidée, il pourra continuer à vendre Microsoft Office 2003, 2007, et possiblement commencer à distribuer Office 2010. Après, dans l’éventualité où le verdict soit corroboré, le PDG pourra faire bidouiller une version “US specific” ou il pourra s’entendre s’entende financièrement avec i4i.

Pour comprendre la situation, c’est comme si à mon arrivée sur le Web en 1994-95, époque où on ne pouvait qu’imaginer le potentiel des CSS (feuilles de styles désormais préparées pour indiquer aux fureteurs comment rendre les pages Web), j’avais fait breveter cette idée chez nos voisins du sud. Étant le “ti-coune” montréalais que je suis, personne ne se serait occupé de moi, croyant au dicton “qui ne dit mot consent”. Mais aujourd’hui, après avoir poursuivi Microsoft, Adobe, Apple et consorts pour violation de brevet et je gagnerais en première et en deuxième instance.

Dans les faits, i4i a enregistré son brevet en 1998 (# 5 787 449 intitulé “Method and System for Manipulating the Architecture and the Content of a Document Separately from Each Other”) et, neuf ans plus tard (mars 2007) a déposé sa poursuite contre Microsoft. Or, en 1998, le XML 1.0 venait tout juste d’apparaître et jusque-là, on avait surtout entendu parler du SGML (Standard Generalized Markup Language), une plate-forme de présentation documentaire découlant du GML d’IBM (Goldfarb, Mosher et Lorie). Officialisé à l’Organisation internationale de normalisation (ISO) en 1986, le SGML a été le pivot, quelques années plus tard, pour le HTML et ses dérivés, des langages normalisés qui rendent possible le Triple W d’aujourd’hui.

À partir de 1998, Microsoft, Oracle, Sun et IBM (pour ne nommer que ces géantes) ont non seulement clamé du haut des plus grands podiums, leurs intentions de foncer plein tube en XML, mais elles s’y sont lourdement impliquées; qui n’a pas entendu parler de Jean Paoli, monsieur XML chez Microsoft ?

Puis, excusez les énormes raccourcis, ce fut l’adoption à l’ISO (par la peau des fesses) de la norme OOXML (Office Open XML) en juin 2008, norme XML internationale basée sur la réalité de facto imposée au fil des ans par Redmond. Autrement dit, cette méthode développée et bonifiée par Microsoft quant au format de données dans ses documents bureautiques se retrouvait standardisée universellement. Comme résultat, quand on voit OpenOffice.org, le coffret bureautique Open Source, ou Pages, le module texte de iWork (Apple) ouvrir ou enregistrer des documents en format docx (format OOXML), on assiste à une application de cette norme ISO.

Pour en revenir au verdict de l’honorable juge Leonard Davis, une réflexion s’impose. Pendant des années, on laisse un joueur agir d’une façon qui lui est propre et, dix ans plus tard, on lui approuve internationalement et officiellement sa méthode. D’autres joueurs lui emboîtent le pas et tout le monde enterre la hache de guerre. Tout le monde ? Non. Une petite firme de Toronto a regardé la situation évoluer et, à l’incrédulité générale, vient déposer un brevet démontrant qu’elle est propriétaire de ladite méthode. Ce qui signifie que pendant toutes ces années, le petit Billy a fait le mal, que ses petits amis en ont fait autant et qu’une majorité d’entre eux s’est entendue pour officialiser cet état de choses. Et là, crac, c’est Billy se fait clouer au pilori. Qu’arrive-t-il des autres ? Rien. Tout le monde se fait attraper à fumer du pot et c’est seulement le plus ancien “poteux” qui se fait punir.

Cette histoire me semble bien étrange. Est-ce que le juge a bien compris la situation ? Y a-t-il des faits qui ne sont pas apparus ? Suis-je à côté de mes pompes ? Pourquoi seulement Word ? Pourquoi pas les autres titres d’Office qui utilisent le OOXML ? Microsoft qui va en appel, a-t-elle des chances de renverser la vapeur et de s’en tirer ? Et pourquoi a-t-elle été la seule à avoir été poursuivie ? Pourquoi pas Apple ou l’organisation OpenOffice derrière laquelle se retrouve Sun et Oracle ? Vous qui me lisez, auriez-vous des explications pouvant m’aider à trouver cette histoire cohérente ?