Woodstock, 40 ans plus tard

(Québec) Ils attendaient 50 000 personnes, ils en ont eu 400 000. Ils croyaient faire de l’argent, ils en ont perdu. Si les organisateurs du Woodstock Music & Art Fair n’ont pas récolté ce qu’ils souhaitaient, une génération a trouvé entre le 15 et le 17 août 1969 un rêve de paix et d’amour sur fond de rock’n'roll. Retour sur un événement qui demeure d’actualité 40 ans après sa naissance.
Tout commence par une petite annonce. Joel Rosenman et John Roberts publient un message dans les journaux les présentant comme de jeunes investisseurs à la recherche de projets. Michael Lang et Artie Kornfeld leur vendent une idée: «trois jours de paix et de musique» en extérieur. Leur proposition se matérialisera à Bethel, dans l’État de New York.
Les artistes réunis ont de quoi faire courir les foules. Joan Baez, Grateful Dead, Creedence Clearwater Revival, Janis Joplin, The Who, Sly & The Family Stone et Jimi Hendrix sont au nombre des vedettes. L’audacieuse aventure nécessite trois mois de préparation, ainsi qu’une relocalisation à quatre semaines de l’ouverture. Une scène de 80 pieds de largeur est créée, couronnée d’une plaque tournante permettant d’accélérer la succession des groupes. La mécanique cède toutefois rapidement, ce qui rend les pauses entre les performances interminables. Heureusement, les distractions ne proviennent pas que de la scène.
«Il y avait un super spectacle dans la foule», se remémore l’artiste Country Joe McDonald, arrivé à Woodstock la veille de l’ouverture. «J’ai marché un peu partout et vu de tout. Il y avait de ?bonnes vibrations?, comme on disait à l’époque. Il y a eu très peu d’ennuis médicaux ou autres - c’était surtout des individus qui se coupaient en marchant pieds nus. C’était fascinant de voir tous ces personnages, car dans les années 60 [...] les gens étaient très conservateurs.»
Gare à l’acide brun!
Huit fois plus de visiteurs que prévu convergent vers Bethel, provoquant un bouchon monstre de 27 km sur l’autoroute 17b. Plusieurs décident d’abandonner leur véhicule pour ne pas rater le rendez-vous. C’est que Woodstock n’est pas qu’une succession de performances. Les baby-boomers y débarquent en venant défendre leurs idéaux de paix et de liberté ? sexuelle ou autre. On fait d’ailleurs tomber la clôture, installée pour contrôler les entrées, et soudainement les 18 $ américains réclamés en prévente (24 $ à la porte) volent en poussière : le festival est gratuit! Les installations sanitaires sont débordées et on manque de nourriture. Qu’importe, les gens se lavent dans les lacs environnants, et la bonne entente règne. Les membres de la Hog Farm - la plus vieille commune à ce jour - contribuent au montage, à la restauration et à la sécurité. Leur méthode en cas d’affrontements? Une tarte en pleine figure! Ils rassurent aussi les victimes de bad trip, puisqu’en cette ère révolutionnaire, la drogue est omniprésente. «Faites gaffe à l’acide brun», préviennent les organisateurs à maintes reprises, au micro.
À travers la foule, le cinéaste Michael Wadleigh, secondé par un certain Martin Scorsese, s’affaire à tourner un documentaire qui paraîtra en 1970 et qui raflera un Oscar. C’est à ce long métrage, simplement intitulé Woodstock, qu’on doit la majorité des images ayant passé à la postérité. Et l’impression que tous les festivaliers étaient dans un état second…
«Rendu au milieu de la deuxième journée, la plupart de la drogue et de la bouffe avaient été consommées, soutient Country Joe McDonald. Il n’y avait simplement pas moyen d’aller en chercher d’autre!»
Jimi aux aurores
Dame Nature s’immisce dans les festivités, interrompant, à renfort de pluie et de foudre, plusieurs spectacles. Résultat? L’événement s’achève plus tard que prévu. La grande vedette, Jimi Hendrix, jouera en avant-midi, le lundi 18?août, alors que 320 000 personnes sont déjà parties. Son imprésario avait insisté pour qu’Hendrix donne l’ultime spectacle…
On a tenté à maintes reprises de recréer la magie de Woodstock, que ce soit au Madison Square Garden en 1979, à Saugerties en 1994 (où la clôture avait cédé encore une fois et où la pluie avait été de la partie), à l’ancienne base militaire Griffiss Air Force en 1999, avec des éclats de violence, ou, plus près de nous, à Woodstock en Beauce. Cette année, à défaut d’un Woodstock 2009, maints musiciens proposent des spectacles commémoratifs. C’est le cas des Heroes of Woodstock, bannière sous laquelle on trouve Country Joe McDonald, Ten Years After, Canned Heat et Big Brother and the Holding Company. Woodstock un jour, Woodstock toujours?
«Woodstock est encore un grand symbole de la liberté, particulièrement attirant pour la jeunesse, conclut Country Joe McDonald. Une large part de la musique est encore intéressante. On verra comment les nouvelles éditions des albums et du film seront accueillies.»




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